En préparation pour l’intervention de D. Boullier intitulée : « Une sociologie tardienne numérique ? L’objet « réplication » à l’épreuve du terrain d’enquête. », 20/1/2020, Séminaire du LISIS et Master Data Science et Société Numérique (D2SN)
Résumé :
Dans cet article, l’auteur examine la manière dont les SHS ont historiquement abordé le phénomène de production, de collecte et de quantification de données, notamment dans le contexte du marketing industriel. Il rend compte de trois changements paradigmatiques successifs d’approches, à savoir la segmentation, les tendances et les réplications. Le phénomène de la réplication est décrit comme le résultat de la synchronisation du modèle des marchés financiers avec les réseaux sociaux, le tout régi par l’économie de l’attention. Dans cette configuration, « notre propre visibilité dépend, comme pour toute marque, de notre productivité, de la fourniture des signaux qui cherchent une forme de reconnaissance. » (p. 31) La question centrale posée par cet article est bien de savoir quel pouvoir d’action détiennent les individus parti-prenant de ce système de production de contenus, et quel pouvoir d’action possèdent les contenus eux-mêmes.
Commentaire :
La proposition d’une théorie des réplications pour rendre compte des flux de traces numériques et de leur impact sur les individus et leurs agissements prend tout son sens dans un contexte historique de la sociologie européenne. Au XIXe siècle, Gabriel Tarde, cité à plusieurs reprises dans l’article, « s’intéresse aux changements sociaux provoqués par des courants d’imitations. […] il aborde la « coutume », propagation temporelle de l’imitation, et la « mode », propagation spatiale de l’imitation. [1] » Si les mots pour désigner certains concepts ont évolué –on ne parle plus de mode mais d’influence– la réflexion de Boullier comme celle Tarbe semble structurée par les deux axes transversaux d’analyse que sont l’espace et le temps.
Question :
Dans le contexte d’études faites sur le rôle des réseaux sociaux dans les mobilisations sociales, il a souvent été dit et répété que l’utilisation de la technologie ne remplaçait pas le contact en face-à-face, mais au contraire qu’elle rajoutait une nouvelle couche aux modes de sociabilité préexistants, tels le face-à-face. Faut-il comprendre la réplication comme un mode supplémentaire de production de données, et non pas comme un changement paradigmatique ?
[1] Yoshifusa Ikeda, « La notion d’ « imitation » dans la criminologie tardienne », Champ pénal/Penal field [En ligne], XXXIVe Congrès français de criminologie, Les criminologiques de Tarde, mis en ligne le 14 septembre 2005, consulté le 19 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/champpenal/265